La victoire des démocrates aux élections de mi-mandat pourrait avoir des conséquences paradoxales sur les marchés financiers. En freinant le développement des datacenters, une réglementation plus stricte pourrait finalement profiter aux géants du numérique, mais aussi, indirectement, au secteur de la construction résidentielle américaine.
Depuis plusieurs trimestres, les inquiétudes des investisseurs concernant les géants du numérique ne portent plus véritablement sur leur capacité à générer de la croissance, mais sur les sommes colossales qu'ils consacrent à l'intelligence artificielle. Selon Reuters, les cinq principaux hyperscalers, Oracle compris, prévoient d'investir plus de 740 milliards de dollars cette année, contre environ 400 milliards en 2025. Des investissements qui pèsent lourdement sur leurs flux de trésorerie disponibles, devenus négatifs chez plusieurs d'entre eux, et qui soulèvent une question de plus en plus pressante : ces dépenses finiront-elles réellement par générer des rendements suffisants ?
C'est précisément sur ce point que la victoire démocrate pourrait rebattre les cartes. Les élus démocrates se montrent particulièrement préoccupés par les conséquences de la multiplication des datacenters sur les prix de l'électricité, les ressources en eau et les infrastructures locales. Un durcissement des conditions d'autorisation, notamment au niveau des États, pourrait ainsi imposer un sérieux coup de frein au développement de nouveaux datacenters. Ce qui apparaît spontanément comme une mauvaise nouvelle pour l'industrie pourrait pourtant constituer une évolution favorable pour les grands groupes technologiques.
En effet, une réglementation plus contraignante pourrait forcer les hyperscalers à modérer leurs investissements, et donc améliorer plus rapidement leurs flux de trésorerie, tout en réduisant le risque de surcapacité que redoutent les marchés. Si la demande de puissance de calcul continue de progresser, un ralentissement de l'offre pourrait également améliorer les taux d'utilisation et soutenir les prix de location des infrastructures existantes. Autrement dit, les géants du numérique pourraient finalement gagner davantage en investissant moins, tandis que les nouveaux entrants, dont les ambitions reposent sur des constructions massives souvent financées par l'endettement, seraient davantage pénalisés.
Mais les conséquences pourraient dépasser largement le secteur technologique, notamment à travers le marché obligataire. Pour financer cette course à l'IA, Amazon, Alphabet, Meta et Oracle ont considérablement accru leur recours à l'endettement, émettant environ 194 milliards de dollars d'obligations entre le début de l'année et le 7 juillet, contre 108 milliards sur l'ensemble de 2025. Un ralentissement de leurs investissements réduirait donc leurs besoins de financement, ce qui pourrait alléger la pression sur le marché du crédit. Plus largement, en diminuant la demande de capitaux, d'électricité et d'équipements, ce coup de frein pourrait également atténuer certaines pressions inflationnistes et, indirectement, sur les taux d'intérêt.
Cette évolution pourrait donner un bol d'air frais à d'autres secteurs de l'économie américaine, particulièrement ceux qui souffrent des conditions de financement élevées. Le marché immobilier résidentiel, pénalisé depuis plusieurs années par le coût des crédits immobiliers et les difficultés de financement des promoteurs, pourrait ainsi devenir un grand gagnant du coup de frein des investissements dans les datacenters. Même si les rendements obligataires dépendent de nombreux autres facteurs, une diminution de la concurrence pour les capitaux et certaines ressources industrielles ne serait certainement pas une mauvaise nouvelle pour les constructeurs de logements.
En revanche, ce scénario placerait les acteurs en amont de la chaîne de valeur des datacenters dans une position beaucoup plus délicate. Nvidia, AMD ou encore Broadcom pourraient pâtir d'un ralentissement des commandes de processeurs et d'accélérateurs, tandis que les fabricants de mémoire et les équipementiers électriques seraient également exposés à des reports de projets. Même si la demande structurelle pour l'IA reste solide, une modération des investissements pourrait suffire à remettre en question les anticipations de croissance les plus ambitieuses des semi-conducteurs.
Après avoir largement profité aux fabricants de puces et aux constructeurs d'infrastructures, le prochain chapitre de l'IA pourrait donc davantage favoriser les entreprises capables de rentabiliser les capacités déjà installées. Et si ce ralentissement permet parallèlement de détendre les conditions financières, la construction résidentielle américaine pourrait bien en être l'un des bénéficiaires les plus inattendus.
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